Aides à domicile: ces invisibles du Covid

MEDIAPART_charte_graphique.aiMEDIAPART – Le choc de la pandémie aura permis des avancées salariales pour le personnel soignant mais fait prendre conscience aux aides à domicile, soutiens essentiels des seniors dépendants, de leur tenace invisibilité. Sur Facebook, loin des syndicats, certaines préparent le sursaut. Samedi, un collectif appelait à manifester à Paris.

Payées au rabais pour des tâches délicates auprès de personnes vulnérables, certaines aides à domicile attendent encore le coup de pouce promis aux « oubliés de la prime Covid » par Emmanuel Macron, début août. Samedi, à Paris, à l’appel d’un collectif naissant baptisé La Force invisible, elles étaient une poignée à manifester, conscientes des risques de contamination pour elles et les personnes qu’elles assistent.

Faute de ressources, il leur est difficile de faire grève. Ces derniers jours, Mediapart en a rencontré trois en milieu rural, qui s’indignent de leurs faibles rémunérations, du remboursement dérisoire de leurs trajets ou du mépris de leur ancienneté, inquiètes aussi des effets d’une deuxième vague.

À 47 ans, Caroline, mère de quatre enfants, mariée à un surveillant de collège, travaille comme aide à domicile à Onzain (Loir-et-Cher) depuis neuf ans déjà, après avoir été caissière puis assistante maternelle – « Jusqu’à ce que j’en aie assez de rester à la maison ». Aide à la toilette et au repas, ménage, lever et coucher : chaque jour, Caroline rend plusieurs fois visite à six bénéficiaires, ceux que lui octroient l’association ADMR (Aide à domicile en milieu rural), son employeur, auxquels s’ajoutent de nombreux remplacements. Des heures supplémentaires stockées dans un « compteur » et redéployées par l’employeur quand des visites s’annulent, suite à l’hospitalisation du bénéficiaire, par exemple.

Dans son secteur patrouillent une quarantaine d’aides à domicile qui ont touché, au mieux, quelques centaines d’euros de prime après l’annonce du chef de l’État. Ces derniers jours, presque la moitié s’est mise en arrêt maladie. Le métier est éreintant et celles qui l’exercent, dans ce territoire rural, ne sont pas toutes jeunes. « Des mères célibataires y vont pour se faire un peu d’argent, mais elles ne tiennent jamais plus de quelques mois, car les horaires sont ingérables, sans parler de la paye, qui n’est versée que le 8 ou 9 du mois suivant. »

Caroline traîne une douleur dorsale à force de manipuler des patients chichement équipés. « Certains ont des logements adaptés et d’autres n’ont pas de lit médicalisé et tout devient compliqué, comme quand il faut multiplier les transferts entre le fauteuil-confort et la chaise percée de la chambre en déplaçant la personne sur son fauteuil roulant. » 

Le mois dernier, Caroline a reçu 1 280 euros net sur son compte courant. Comme elle ne dispose pas d’un véhicule de fonction, à la différence des aides-soignants qu’elle croise au quotidien, elle inclut dans cette somme le remboursement de ses frais kilométriques, soit 35 centimes du kilomètre pour les trajets en voiture entre chaque intervention, 15 centimes si elle se déplace à scooter. « Le trajet de ma maison au premier lieu d’intervention n’est payé qu’à 60 %. Pareil pour le retour. C’est comme ça depuis 2010. »Cette année-là, l’ADMR signa une nouvelle convention collective.

Comme toutes ces collègues, Caroline dispose d’un contrat à temps partiel. Le sien atteint 130 heures par mois, au tarif horaire de 8 euros net. Chaque prestation excède rarement une demi-heure. Elle démarre à 8 heures et s’accorde une pause déjeuner à 13 h 30. Elle reprend à 14 heures et rejoint son foyer vers 20 heures, juste à temps pour vérifier les devoirs des enfants. Un week-end sur trois est travaillé avec, dans ce cas, une journée de repos le lundi. « Sachant qu’on reste tout le temps d’astreinte. Demain, samedi, je suis certaine qu’ils vont m’appeler, mais là, je refuserai. Et tant pis pour leurs 3 euros de bonus par intervention. »

Caroline réclame une revalorisation des salaires, soit au moins 11 euros net et non plus 10,15 euros brut de l’heure, équivalant au strict smic horaire, en vigueur chez l’ADMR. « Parce qu’on fait bien plus que de l’aide à domicile. Le week-end, ce sont des toilettes sur des personnes qui ont de grosses pathologies, or c’est le travail des aides-soignantes. Quand on vous demande de nettoyer une personne âgée paralysée de moitié, forcément, vous appréhendez. »

Caroline appréhende aussi la deuxième vague de Covid-19 et les protocoles sanitaires lourds qui indisposent ses bénéficiaires. « Certains ont du mal à comprendre, ils disent qu’on est parano, qu’on leur ment. » Pendant le confinement, les prestations de ménage étaient annulées.

Ana Fernandes, 53 ans, est déléguée syndicale CGT à l’ADMR du Loir-et-Cher depuis décembre dernier. Aide à domicile depuis cinq ans pour 800 euros net par mois, elle rend visite, ce vendredi soir, à deux bénéficiaires : une heure et trois minutes de travail lui seront comptabilisées, temps de trajet inclus. « Pour du déshabillage, du changement de protection », résume-t-elle.

Pendant le confinement, Ana a tenté d’alerter les hautes sphères à propos du manque de tests chez les aides à domicile, des incohérences dans la distribution des masques par sa direction locale. Laquelle l’a sanctionnée de quatre jours de mise à pied. « Des personnes étaient autour de moi [au cours de l’entretien disciplinaire – ndlr] et l’une d’elles a dit, à haute voix : “Et si elle était comme ça avec les bénéficiaires ?” Ça m’a glacée. »

 

Ana Fernandes arrivant chez un couple âgé, à Chailles (Loir-et-Cher). © JPAna Fernandes arrivant chez un couple âgé, à Chailles (Loir-et-Cher). © JP


Samedi, Ana est allée à Paris, de son propre chef, répondre à un appel à manifester d’un collectif naissant, La Force invisible. Sur un post Facebook, le rendez-vous était fixé à 14 heures sur le parvis de la Maison de la Radio. Une petite trentaine d’aides étaient présentes, avec des banderoles et des tee-shirts blancs, à l’écart des « gilets jaunes ».

En fin de journée, les participantes semblaient amères : « J’ai mené plusieurs manifs soutenues par la CGT cet été, devant les locaux de l’ADMR. J’ai fait grève, aussi. Et là, je ne sais plus comment faire bouger les choses, confie Ana. Mon employeur exige plus de contrôles sur les arrêts maladie, mais il ne s’intéresse pas à sa raison principale : le manque d’argent à la fin du mois. Combien de filles m’ont dit que sans la paie de leur mari elles ne survivraient pas ! »

Ana nous raconte comment une jeune maman a laissé un soir ses enfants de 6 et 8 ans seuls à la maison. « Elle est arrivée à l’ADMR l’an dernier, elle avait un contrat de quatre-vingts heures et souhaitait basculer rapidement vers un contrat de cent quatre heures. Bien sûr, ils lui ont fait du chantage, en lui donnant des heures du soir qu’elle ne pouvait pas refuser, alors qu’elle ne trouvait pas de moyen de garde pour ses gosses. Elle s’en est voulue à mort. Quand elles font les plannings, les maisons de services se fichent pas mal des contraintes de ces filles, de leur vie de famille. Au final, elles sont sur les nerfs, angoissent beaucoup et se mettent en arrêt. »

Ana décrit enfin les remplacements au pied levé, envoyé d’un clic de souris, à accepter sans sourciller : « Avant, tout se faisait au téléphone, mais, depuis quelques mois, les plannings sont envoyés par email, vers 17 heures, juste avant la fermeture des bureaux. Il est alors trop tard pour contester, demander un ajustement. C’est comme ça qu’on arrive à devoir commencer une heure plus tôt sans pouvoir déposer son enfant à l’école. Pour une jeune femme, c’est ingérable. »

Lyna, 59 ans, trois enfants, travaille depuis vingt ans déjà avec l’ADMR du Loir-et-Cher, sur un périmètre au nord de Blois. « J’ai fait beaucoup de métiers avant, j’ai distribué des prospectus, travaillé dans les cantines, fait le ménage dans les écoles, puis la nounou, comme une de mes filles aujourd’hui. » Son contrat de soixante-dix heures avec l’ADMR lui rapporte à peine 600 euros par mois.

Lyna, aide à domicile à Villebarou. © JPLyna, aide à domicile à Villebarou. © JP


« Petit à petit, les anciennes perdent leurs heures au profit des plus jeunes. On est plusieurs à constater cela. L’inspection du travail s’en est mêlée et l’ADMR nous a reçues en entretien pour savoir si nous voulions travailler plus. En fait, ça nous a plutôt incitées à chercher du travail ailleurs, à trouver des bénéficiaires en direct, qui nous paient en Cesu
 [chèque emploi service universel – ndlr]. »

La différence de paie est frappante. « Jusqu’à 14 euros net de l’heure pour du repassage. Avec l’ADMR, au bout de vingt ans d’ancienneté, j’en suis à 10,28 euros brut de l’heure, pour m’occuper de dames qui ont des maladies de type Charcot, Alzheimer ou Parkinson. » Son mari, jeune retraité, a transformé un atelier de leur maison, une ancienne ferme bordée de champs de céréales, en petit studio coquet qu’ils louent à l’année. « Ça me permet d’avoir enfin un revenu décent. »

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La Vie – Tournée de lait dans le Berry, reportage chez des producteurs laitiers laminés par la sécheresse

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La Vie – Reportage au VRF Fondettes, résidence de vacances pour aidants et aidés

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Reportage à Fondettes

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Prato’s migrant workforce

Le Monde Diplomatique, English edition, July 2020.

Le monde diplomatique Prato

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La Vie – La bataille du 5G

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La Vie – Coronavirus et plans sociaux déguisés

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La Vie – Ces démocraties d’Asie qui tiennent le virus en respect

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MEDIAPART – Pékin découvre l’après-Covid à tâtons

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La capitale chinoise, qui convoquera son Parlement le 22 mai pour sa session annuelle, lève depuis quelques jours ses restrictions sanitaires, après deux semaines sans contaminations. Récit d’un retour à la normalité.

Officiellement, l’arrondissement de Shijingshan, entre les cinquième et sixième périphériques pékinois, n’a connu que 14 cas de coronavirus pour plus de 600 000 habitants. Ne dites pas à M. Chen, 72 ans et l’un de ses résidents, que ces chiffres sont peut-être fantaisistes, il vous répondra que son gouvernement est transparent mais que « certains, aux États-Unis et en Europe, les mettent en cause uniquement par inimitié envers la Chine ».

Pendant plus de trois mois, M. Chen, comme ses voisins, aura appliqué les commandements sanitaires à la lettre. « Nos sacrifices importants ont payé. Depuis le nouvel an lunaire, je ne suis sorti de mon petit appartement que pour quelques courses et faire pisser le chien. » Le 30 avril, les autorités de Pékin n’ont signalé aucun nouveau cas de Covid-19 depuis quatorze jours consécutifs. Et à peine treize pour l’ensemble du mois d’avril. Pour la première fois depuis le début de l’épidémie, les officiels alignés lors de cette conférence de presse s’exprimaient sans masque.

Au vu de ces résultats encourageants, les restrictions sont supprimées les unes après les autres à travers la capitale. Aux stations de métro, les caméras thermiques cohabitent avec la vidéosurveillance. On a rouvert les grands parcs – sur réservation en ligne – et même les portions touristiques de la Grande Muraille, les plus authentiques restant inaccessibles car bordées de villages d’irréductibles, toujours barricadés. Ce 1er Mai, cela a été le tour de la Cité interdite… avec une forte distanciation sociale : seulement 5 000 places par jour ont été allouées jusqu’au 5, date de la fin des congés de la Fête du travail. D’ordinaire, elle accueille 48 000 visiteurs par jour.

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Maintenant qu’il a le droit de rendre visite à son ami, installé dans un lotissement voisin, M. Chen doit – au-delà de la sempiternelle prise de température et du badigeonnage au gel hydroalcoolique par un gardien – scanner un QR code affiché à l’entrée. Via une application spécifique, son téléphone vérifie qu’il n’a pas fréquenté de zone dite « à risques » ces deux dernières semaines : un message en lettres vertes lui indique ainsi qu’il peut entrer. Cette application est devenue obligatoire dans les lieux où le public peut accéder à nouveau sans entraves. « Comme à l’infirmerie, où je renouvelle mon ordonnance, ou dans ces immeubles neufs du Z-Park, dans le quartier mitoyen de Xishanhui, au pied desquels les retraités ont repris leurs séances matinales de tai-chi-chuan », dit-il. Les jeunes salariés de cette annexe de Zhongguancun, la Silicon Valley chinoise, qui, ici, concentre des startups de jeux Android, ont tous mis un terme à leur télétravail. Les livreurs de repas s’y ruent à nouveau, mais sans couverts ni baguettes jetables dans leurs sachets, conformément à une nouvelle réglementation.

Dehors, M. Chen porte un masque chirurgical de norme chinoise N95, vendu 1,5 yuan l’unité (20 centimes d’euro). Dans ces confins de Pékin, aux portes des montagnes et où l’on n’a pas les manières du district chic de Chaoyang, le port du masque, même les jours de forte pollution, n’était pas une évidence. Et pourtant il s’est imposé vite et partout, bien au-delà des transports en commun, où son usage est obligatoire.

M. Chen tient à filmer des scènes du quotidien et à nous les montrer via WeChat. Comme ces papis qui s’affrontent de nouveau au xiangqi, les échecs chinois. Ou cette mamie qui pousse sa petite-fille sur une balançoire publique. Toutes les deux sont masquées. Il nous montre aussi ces enfants masqués prenant d’assaut le trampoline du vieux courtier en assurances. Chaque fin de journée, ce monsieur s’installe au milieu d’un espace vert, les enfants affluent et lui, en échange, demande aux adultes qui les surveillent une mise en relation WeChat. Mis à part pour les 50 000 élèves de terminale (avec masque obligatoire en classe), les écoles de Pékin n’ont pas encore rouvert. « Comme les parents sont retournés bosser, vous imaginez bien que les grands-parents sont de nouveau très sollicités », dit M. Chen. Vieille tradition pékinoise, les coiffeurs de rue et leurs coupes à 7 yuans ont retrouvé du poil de la bête, concurrençant les petits salons confinés.

À Pékin, les quarantaines sont, depuis jeudi, supprimées pour les personnes en provenance de provinces dites à faible risque de contamination. On commence à décoller des portes ces milliers de petits boîtiers offerts par la société Xiaomi, des mouchards high-tech reliés aux smartphones des volontaires civiques des comités de quartiers, chargés de faire respecter le confinement. Bien sûr, quelques lotissements font du zèle et maintiennent ces restrictions. « Je trouve ça normal. Sur WeChat circulent des vidéos de touristes chinois débarquant à Pékin. Une fois quitté l’aéroport, ils sont très excités, s’entassent dans les files de taxis et n’en font qu’à leur tête », explique Bao Jin, jeune scientifique dans l’aérospatiale. Il rappelle que la province du Heilongjiang, plus au nord, enregistre en ce moment de nouveaux cas de contamination : des citoyens chinois asymptomatiques de retour de Russie.

Mais d’après un mini-programme de l’application WeChat, qui cartographie les cas confirmés de Covid-19, aucune personne contaminée n’est à signaler à moins de 10 km de son domicile. Rassuré, Bao Jin a tenté hier de braver la pression sociale en se présentant à son poste de travail sans masque. Rien d’interdit mais, d’un regard, ses collègues ont su exprimer leur désapprobation. « J’avais l’impression d’être le vilain petit canard, moi qui, pendant plus de deux mois, rejoignais le bureau avec ma voiture personnelle, pour éviter le métro, et préparais mon repas pour éviter la cantine. »

Dans moins d’une semaine, après trois mois de disette, sa salle de yoga rouvrira. Certains bars d’hôtels huppés proposent des forfaits mensuels de cocktails illimités, autour d’une centaine d’euros, espérant se rebâtir une clientèle d’habitués. D’autres diffusent des films à l’affiche… et c’est dans l’un d’eux, dans le quartier commercial de Sanlitun, que Bao Jin assiste à de petites projections de productions hollywoodiennes, les cinémas étant fermés jusqu’à nouvel ordre.

Sanlitun, ancien quartier des ambassades, est le lieu qu’avait choisi Fan Lin, 35 ans, pour traverser sa quarantaine après un long voyage d’affaires à Wuhan. « Je voulais la faire chez moi, ailleurs à Pékin, mais mon comité de quartier m’a prévenue qu’ils me mettraient à l’hôtel, pour une histoire de mauvaises canalisations et de tout-à-l’égout. J’ai pu négocier une quarantaine dans l’appartement du collègue avec qui j’avais voyagé. » Fan Lin décrit la présence d’une caméra braquée sur sa porte. Et le gardien de l’immeuble qui, deux à trois fois par jour, faisait la jointure entre elle et le livreur de repas commandés en ligne. « Je lui ai laissé un pourboire de 20 yuans, il m’a remerciée et l’a refusé. » Sa quarantaine est achevée depuis hier mais elle reste confinée dans l’attente de résultats : « Mon collègue et moi sommes juste sortis jusqu’à une clinique à 500 mètres pour un test d’acide nucléique. Le lieu et l’heure du rendez-vous avaient été fixés pour nous» Fan Lin reste impressionnée par l’accompagnement. « Depuis le TGV qui nous ramenait à Pékin, en passant par le personnel de gare, les gens du comité de quartier, le gardien : tout le monde a été prévenant, malgré ces masques, ces gants, ces précautions infimes entre nous. Cela aide beaucoup à accepter l’isolement. »

Sanlitun est aussi le lieu de résidence de Michael Pettis, professeur de finance à l’université de Pékin, installé en Chine depuis 2002. Sa fac ne devrait pas rouvrir avant septembre et c’est par visioconférence qu’il fait cours à ses élèves de master. « Après des semaines d’achats en ligne, je suis retourné dans la rue faire mes courses alimentaires. La foule est bien là, la température est déjà estivale et les enfants s’amusent avec les jets d’eau. Mais à part l’Apple Store, les gens n’entrent pas vraiment dans les commerces non alimentaires. »

Le Starbucks vend volontiers son frappuccino à emporter et gare à celui qui enlèvera son masque pour le savourer. « J’étais à 10 mètres de mes congénères et un garde m’a exhorté à le remettre », s’amuse encore M. Pettis. Écharpe brodée d’une formule auspicieuse sur l’épaule, des vendeuses masquées se postent à l’entrée des boutiques de fringues, bâillant sans retenue. « Je lis des articles sur l’effondrement social, économique et politique dans le reste du monde, comme on pouvait en lire il y a encore un mois à propos de la Chine. Tout cela semble très loin, ici, à présent. Le futur de la Chine ne me semble plus apocalyptique, ces craintes de fin du monde sont derrière nous. Cela dit, à en juger par les impressionnants masques à gaz que portent en ce moment certains chauffeurs de taxi, des Pékinois se préparent encore au pire. » Ce professeur s’interroge sur la reprise de la consommation, au-delà du quartier branché de Sanlitun : « Ici, c’est comme si les gens avaient perdu l’habitude de faire du shopping ou qu’ils réfléchissaient à épargner un peu plus. Mais à travers la Chine, il ne fait pas de doute que beaucoup de gens, travailleurs migrants, jeunes, indépendants, employés de restaurants et de l’industrie du service, ont perdu leur job ou souffert d’une importante baisse de revenus. » 

 C’est probablement le cas d’Ilya, jeune gérant d’une école d’apprentissage du mandarin à Pékin. Cet entrepreneur décrit une reprise compliquée. Une grande partie de sa clientèle est actuellement hors de Chine, tout comme l’un de ses professeurs. « Elle est née et a grandi à Pékin, mais son passeport est étranger. Son travail et sa maison sont ici mais, de fait, elle n’a pas le droit de retourner en Chine actuellement. Une autre est retournée dans son village natal pendant les festivités du nouvel an lunaire mais celui-ci est toujours barricadé. Quant à la troisième, ses parents refusent qu’elle retourne en centre-ville. » Pour couronner le tout, son école est située au fond d’un « hutong » – petit quartier traditionnel de Pékin – pittoresque et principalement résidentiel, accessible par une allée étroite. Le comité de quartier n’envisage toujours pas de faire entrer sa clientèle. Ilya ignore quand la situation retrouvera un semblant de normalité. « À la fin du mois, il va nous falloir régler les six prochains mois de loyer. Puisque les cours ne vont pas reprendre rapidement, et si le propriétaire ne concède pas une forte réduction, on quittera les lieux. » Pas d’élèves, pas de professeurs et de fortes charges : même si ce gérant évoque de « nouveaux challenges », notamment via les cours en ligne, un secteur déjà très développé à Pékin, il n’est pas sorti de la tempête.

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La Vie – Reportage – Equipe mobile Ehpad Covid19

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La Vie – Ehpad: le modèle allemand

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