Les Chinois se réveilleront-ils en 2011?

manifestation anti japonaise 2010 - jpouille

 

C’est la question à dix mille milliards de yuans mais depuis la Révolution de Jasmin, dans un pays que tout le monde croyait “stable”, on peut se la poser. Un soulèvement populaire chinois est-il possible?

Au delà du sort réservé aux dissidents ou simples réformateurs mais dont la population chinoise n’entendra jamais parler, les verdicts scandaleux s’accumulent et jettent une lumière blafarde sur un régime gangréné par la corruption, l’injustice.

Il y a d’abord eu Li Qiming ce rejeton d’un cadre de la police de Baoding, dans la province de Hebei. Après avoir percuté deux filles de paysans et tué l’une d’elles, le jeune homme furieux d’avoir abîmé sa belle auto, s’est écrié devant des étudiants médusés: “Qui osera me dénoncer? Mon père s’appelle Li Gang !”.

Cette phrase, célèbre dans tout le pays, est devenu le symbole de l’impunité des officiels du Parti et de leurs proches. Mais malgré le tapage, Li Qiming a bien évité la case prison. Et la famille de la victime a finalement retiré sa plainte, contre un chèque des autorités et une flopée d’intimidations.

Puis ce mois-ci, dans la province pauvre du Henan, un camionneur s’est fait pincer. Depuis des années, l’homme circulait avec une fausse plaque de l’armée, grâce à laquelle il évitait allégrement les péages routiers, dont l’omniprésence à la sortie de certaines villes fait penser à un racket organisé. Une impunité insupportable pour le gouvernement local et ce verdict ahurissant: la prison à vie et une amende exorbitante de 223 000 euros que paieront toute leurs vies, les enfants, petits enfants et arrières petits enfants du chauffeur routier. Son père à lui ne s’appelait pas Li Gang. D’ailleurs il n’a même pas fait appel. Pourtant, face au raffut, les juges ont été révoqués et l’homme aura le droit à un nouveau procès. Encore une fois, le Parti sait manier la soupape de décompression. Les Chinois, derrière l’anonymat rassurant de leur clavier, auront le sentiment d’avoir été écoutés, d’être devenus influents mais en resteront là.

Jordan Pouille

De la à se révolter massivement, nous n’en sommes donc pas là ! Par peur ou par conviction, la plupart des jeunes Chinois acceptent ce principe de “stabilité de la société civile” et donc de soumission dans un environnement policier, où les Chengguan, petits flics municipaux, allient brutalité et impunité avec talent.

Aujourd’hui, lorsqu’on pose la question, aucun universitaire ne s’aventure à analyser la crise en Tunisie. Pour être en contact régulier avec plusieurs étudiants chinois,  tous souhaitent que leur situation s’améliore, qu’on leur accorde enfin une liberté d’expression, mais personne n’est prêt à descendre dans la rue. “Nous avons connu 2000 années de règne féodal, une partie de notre population est riche et puissante mais personne ne connait encore la justice et la démocratie” m’a expliqué une étudiante pékinoise en journalisme que nous appellerons Li Yang.

Sa camarade: “On apprend en cours que les médias sont la langue du Parti, que  c’est leur raison d’être. Et pourtant, je sais aussi que la corruption est partout en Chine et que tous les jours, il y a un Qian Yun Hui qui meurt, quelque part”. Qian Yun Hui est un paysan du Zhejiang qui se battait contre la cession de ses terres aux autorités. Il a été retrouvé mort sous un camion et la police a immédiatement conclu à un accident, malgré une foule d’éléments recueillis par des internautes et prouvant l’assassinat. Son corps a disparu depuis.

Une autre jeune Chinoise, également étudiante et autrement plus patriote, m’a tenue, par emails interposés, une réflexion encore plus aboutie… et déconcertante. Je laisse ses propos en anglais pour ne pas qu’une traduction ne vienne les déformer: ” I understand your opinion,I will not hate you, hatred is not tradition of Chinese people, it belongs to Japan. I just want to remind you of the 2008 Beijing Olympics, how Chinese people and volunteers treated you foreigners, more friendly than to their compatriots (kind of ridiculous,but that’s Chinese people’s tradition,kind and friendly). Think about how generous Chinese people and government donate money to foreign people whose life is filled with untold suffering.(Chinese people are liberal and comprehensive). Think about World War II,how hard did Chinese soldiers and people fight for invaders?(We Chinese people love peace). You need to study Chinese people as a whole,not just keep an eye on the bad behaviors and rude action.

  There is no absolutely freedom.You said Chinese government don’t give us freedom to protest and give a free speech.That’s true.I will never deny and avoid this point.But think about French Revolution,You great French nation showed bravery and fighted for freedom and democracy. Did your government stop their demonstration and revolution? The answer is absolutely yes. Because they want to maintain their government. That’s the common reflection of government.

As to China, if you give people absolutely right and freedom,some people who have reactive motivation will incite riots and even mount a coup to overthrow this country. You need to know the absolute right’s bad effect and stopping demonstrations’ important meaning. Such as Liu Xiaobo, maybe you think he is right,but what he support is total Westernization. It is not suitable to our country current condition. We are still a developing country,we need time to be adapt to the world and gradually accept new things,if we totally westernize suddently,there will be a lot of problems and even our country will disappear.”

Sauf qu’après l’immolation d’un exproprié devant ses démolisseurs, les Chinois ont sorti un jeu vidéo. En Tunisie, ils ont renversé le régime.

Et pourtant, ces histoires, ces scandales, de plus en plus nombreux, font le tour de la toile… avant de disparaitre tout aussi vite sous le zèle des censeurs qu’ils soient d’Etat ou privés (les propres modérateurs des réseaux sociaux, soucieux de conserver leur licence d’exploitation). Sans aucun procès, la twitteuse Cheng Jianping s’est vu infliger un an de camps de travail pour avoir ironisé sur le patriotisme zélé du peuple chinois contre le Japon. Désormais, les twitteurs chinois sauront se montrer prudents.

Et ça ne va pas s’arranger! Le ministère de la propagande a annoncé dans le cadre d’un plan de durcissement du traitement de l’information en 2011, l’intention de traquer tous les journalistes chinois “non officiels” (comprenez les bloggeurs puisque tous les médias chinois sont officiels), surpris à couvrir un accident ou même polémiquer sur le coût de la vie.

Et tout en chouchoutant l’Armée Populaire de Libération qui n’a jamais été aussi bien équipée comme en témoigne le dernier essai d’un nouvel avion furtif, le gouvernement aurait demandé aux journalistes chinois de stopper toute promotion du film satyrique à succès, à la fois divertissant, commercial et rebelle: Laissez les douilles voler” pour ne pas faire trop d’ombre à l’inoffensif navet “Si tu es l’élu de mon coeur“.

Mais le peuple souhaite-t-il seulement se rebeller contre le régime? Une question encore plus difficile à pronostiquer que l’effondrement de la Corée du Nord. Dans les campagnes chinoises, les paysans conservent une confiance aveugle en leur gouvernement central. Quand ils quittent l’usine et rejoignent leur village natal pour célébrer le Nouvel An chinois, tous astiquent soigneusement le portrait de Mao au milieu du salon et restent persuadés que leur président ou leur premier ministre nettoieront un jour cette “vermine” d’officiels locaux, juste bons à s’octroyer leurs terres sans préavis.

jordan pouille

 

Quand aux simples fonctionnaires d’un Etat bureaucratisé à l’extrême, ces derniers ne doivent souvent leur poste qu’à la corruption du Parti. (Dans certaines villes, on s’endette pour “acheter” son poste d’infirmière, de policier, de professeur)

Idem pour l’élite, ces enfants de révolutionnaires, ces dauphins qui ont fini par s’emparer à leur tour des richesses du pays. Ils profitent comme jamais de l’absence de réforme politique ou sociale et sont l’incarnation de la réussite absolue pour ces nouveaux-riches de tout poil que la Révolution Culturelle avait privé d’une éducation (Nouveaux richess, jusqu’à atteindre une richesse frisant le ridicule comme en Mongolie Intérieure, à Ordos précisemment, qui offre sans doute la plus forte concentration de Porsche Cayenne au km2).

Reste la fameuse classe moyenne, tous ces jeune cols blancs, employés de bureau diplômés, dont les idéaux sont aux antipodes des manifestants de la place Tiananmen, en 1989.

Aujourd’hui et grâce aux parents, leur aspiration est essentiellement matérielle. Devenir propriétaire d’un appartement dans une tour résidentielle, avec une petite berline, et si possible un Iphone 4 non contrefait repéré dans l’un des innombrables shopping malls qui dessinent les nouvelles villes chinoises. Une panoplie qui, espèrent-ils, leur permettra de sortir enfin de la masse, non sans ostentation.

Jordan Pouille

Jordan Pouille

 

Lourdement endettés et payés au rabais, risqueraient-ils leur fragile train de vie pour se débarrasser du régime en place?

Sauf si le rêve chinois, garanti par le Parti unique et pour lequel ils se sont tant bagarrés, leur devient subitement inaccessible. A Pékin, une mégalopole bouchonnée dès 6h30 du matin, la municipalité a choisi de limiter les nouvelles immatriculations de deux tiers. Une décision d’apparence salutaire, mais vécue comme un drame pour des dizaines de milliers de cols blancs, pour qui l’ascenceur social vient de tomber brutalement en panne.

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One Response to Les Chinois se réveilleront-ils en 2011?

  1. Les chinois ne pourront jamais se révolter . L’histoire prouve que ce peuple malgres tous qu’il a enduré n’a jamais pu maîtriser son destin.

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